Les raisons de changer certaines habitudes non pérennes en phytothérapie et comment le faire en pratique
  • N° 145 Mars-Avril 2025
  • Dr Aline Mercan, phyto-nutritionniste, anthropologue médical. La Coche 73670 Entremont-le-Vieux Metok66@yahoo.fr

Dans le précédent numéro 140 Mai Juin 2024 de la Phytothérapie Européenne [1] et livre [2], nous avions envisagé l’évolution du marché contemporain des PPAM (Plantes à parfum, aromatiques et médicinales). Nous avons constaté que celui-ci était basé sur de la ressource sauvage (environ 80 % des plantes et extraits de plantes vendus) ramassée par des cueilleurs pauvres, peu formés et peu rémunérés, dans des pays pauvres. Le bas coût de revient de ressources obtenues par ce moyen expliquait que le marché ne soit pas majoritairement constitué de plantes cultivées par un personnel correctement formé et considéré. Nous avions montré qu’il existait un lien direct entre le statut et la formation du cueilleur, la pérennité des ressources et la qualité finale des produits qui, globalement, laisse à désirer.

Ainsi selon Gaffner [3] 21% seulement des compléments alimentaires à base de plantes (Généralement des poudres) sont conformes à la composition annoncée ; 31 % sont « acceptables » sans être conforme ; 16 % sont très dilués, 11 % ne contiennent aucune plante ; 6 % sont dopées avec des produits de synthèse ; 14 % contiennent une autre plante que celle annoncée ; et 1 % est dangereux. Pour les plantes en vrac 77 % sont conformes prouvant, si besoin est, que la forme brute est moins sujette à adultération. Ces résultats sont proches de ceux retrouvés par une étude sur les produits de mycologie thérapeutique, dont les résultats ne sont guère meilleurs [4], avec de plus des contaminants divers (métaux lourds et aflatoxines). Ils sont également cohérents avec ceux que retrouvent des laboratoires de métabolomique, qui analysent les produits des grossistes pour les entreprises désireuses de vérifier la qualité de leur matière première. On peut ainsi lire sur site de l’entreprise Botanicert « le contexte économique de ce domaine en plein essor incite certains fournisseurs à réaliser des nombreuses falsifications qui sont souvent difficiles à déceler1 ». Outre la qualité, qui détermine l’efficacité de nos prescriptions, la question de la pérennité environnementale des plantes est déterminante.

Or le marché de la phytothérapie explose. Selon Natixis, « depuis plus d’une décennie, le marché mondial des compléments alimentaires connaît une croissance explosive, laissant entrevoir un chiffre d’affaires prévu de 250 milliards en 2024 ». Selon les prévision d’investisseurs2, « la taille du marché mondial des plantes médicinales était évaluée à 214,75 milliards de dollars en 2023 et devrait passer de 231,87 milliards de dollars en 2024 à 428,08 milliards de dollars d’ici 2031, avec un TCAC3 de 9,15 % au cours de la période de prévision ». Comment un doublement du marché pourrait-il être absorbé par une ressource sauvage issue d’un biotope exsangue ? Le réchauffement climatique, conjugué à la pression de cueillette menace déjà d’extinction rapide un tiers des PPAM récoltées dans le monde. Ne serait-il pas urgent de modifier nos pratiques pour intégrer cette nécessité de relier à nouveau qualité, traçabilité et éthique ? Mais comment faire en pratique ? Il nous faut centrer nos choix sur des plantes pérennes, traçables et de qualité. Il est donc essentiel de privilégier des filières courtes et pour cela des plantes plus locales.

 

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